PROJET ACHEVÉ MAIS EN RÉVISION : Seuls 10 des 34 paragraphes ont été mis en forme.
REMOTE
LA GÉNÈSE
Paru pour la première fois le 25 janvier 2019, lors du Festival du film Sundance aux États-Unis, I Am Mother est un film australien réalisé par le producteur et auteur Grant Sputore.Amateur de LEGO, amoureux de son chien Kit, et humoriste à ses heures perdues, Grant Sputore ne s’est pas toujours adonné à la réalisation de longs-métrages. Grand admirateur des films de Spielberg(Terminator, Alien, et autres films de science-fiction), c’est d’abord avec la caméra de ses parents et dans le fond de son jardin qu’il commence à développer sa passion pour l’audiovisuel. En passant par la réalisation de clips vidéo, de publicités, mais surtouten étudiant l’art du cinéma à l’université, Grant devient rapidement expérimenté et prend goût aux défis de la réalisation.En 2017, le tournage de son premier film, I Am Mother, débute aux studios de la ville d’Adélaïde en Australie.
De gauche à droite : Anna Vincent, Luke Hawker, Clara Rugaard-Larsen, Grant Sputore, Hilary Swank, Timothy White, Michael Lloyd Green.
Pour sa première œuvre, Sputore, accompagné du scénariste Michael Lloyd Green, opte pour un thriller de science-fiction au casting réduit avec pour seuls personnages Mère, Fille, et « la femme ».Durant les 115 minutes du film, nous n’entendrons pas un seul nom de personnage à l’écran. Lors de la création du personnage de Mère,Grant fait le choix – judicieux - de placer Luke Hawker dans une combinaisoncréée par le Weta Workshop, une entreprise néo-zélandaise spécialisée dans les effets spéciaux. Les effets spéciaux ? Oui, mais pas seulement.Plutôt que de miser sur les VFX, qui auraient considérablement alourdi le budget du filmétant donné le temps à l’écran de Mère, l’entreprise confectionne une combinaison sur mesure pour Luke.Ce choix servira également à rendre les mouvements de Mère encore plus naturelstout au long du film. Seul le jeu d’acteur de Hawker sera retenu, et pas sa voix pour des raisons évidentes.Mère est donc doublée par nulle autre que Rose Byrne(VO) et doublée par la douce voix française de Françoise Cadol (VF). Qui dit mère, dit fille. À son âge le plus mature,Fille est jouée par l’actrice danoise Clara Rugaardet doublée par Cerise Calixte (VF). Arrivant plus tard dans le film,le personnage le plus mystérieux de l’histoire, la femme, est jouée par Hilary Swank, habituée des longs-métrages et dont le nombre de récompenses atteint pratiquement le nombre de bougies sur son gâteau. Elle est doublée par Marjorie Frantz, une habituée du doublage français de l’actrice.
Construction du premier prototype de Mère.
Grant est un réalisateur gouverné par son souci du détail. Il souhaite pouvoir contrôler toutes les facettes de la réalisation. Du décor aux costumes,Sputore tient à travailler en permanence avec toutes ses équipes et toutes les entreprises externespour travailler l’image et le son le plus possible. Pour ce faire,Sputore utilise la Réalité Virtuelle pour prévisualiser les décors 3D avant même leur création.L’équipe de Last Pixel a travaillé main dans la main avec l’équipe de décoration pour créer cette prévisualisation, en même temps que les plans étaient inventés. Cette technique lui permettra de mener bien des retouches, allant jusqu’au mesures du plus petit des recoins d’une scène. Il faut dire qu’avec un nombre de décors assez faible, il a fallu trouver bien des idées pour donner vie à un lieu en apparence bien froid et bien étroit.
Grant Sputore utilise la VR pour explorer rapidement tous les paramètres de sa scène.
Le plateau de tournage, dont la confection était sous la responsabilité de Hugh Bateup, a nécessité une quantité importante de LEDs pour donner différentes ambiances dans le bunkerdans lequel se déroule la plupart du film. Grant insiste notamment pour obtenir une ambiance de nuit, un autre de jour, ainsi que des programmes d’éclairages scintillants rouges et orange, en fonction des évènements à l’écran.Pour plus de polyvalence, Sputore fait le choix des Steadicams ARRI - Alexa pour tourner l’entièreté du film.L’ensemble de ses choix va de pair avec de nombreuses ruptures du rythme de l’action.Enfin, la robotique a également joué un rôle clé dans la réussite du film. En effet, le visage de Mère est animé. Luke s’occupait déjà des mouvements du corps, c’est donc entre les mains de Tim Domett, de Weta Workshop, qu’ont été placés les joysticks des mécanismes du visage de Mère.Ce travail d’ingénierie fut primordial pour donner un aspect réaliste et humanoïde au robot de Mère.En somme, I Am Mother est le fruit de nombreuses et étroites collaborations, demandant une coordination à toute épreuve, pour bluffer le spectateur.
Éclairage intégralement LED.
I Am Mother, a été nominé deux fois aux AACTA Awards,notamment dans la catégorie « Meilleurs Effets Visuels ou Animation », maissans remporter de récompense.Sur le site internet Rotten Tomatoes, le film est évalué à un très bon score de 91%. La moyenne des notes sur le site tourne autour de 7/10.La réception du film est favorable côté critique comme côté audience.
PASSAGE À LA LOUPE
La majorité du scénario se déroule dans le bunker « UNU – HWK », abri créé par l’homme pour assurer le repeuplement de l’espèce humaine en cas d’extinction. Au début du film, nous sommes plongés à l’intérieur de ce bunker, visiblement secoué par ce qui ressemble à des explosions à la surface de la Terre. Dans une salle, le robot qui incarnera la mère, est assemblé par des bras mécanisés. C’est maintenant que débute la mission de Mère. Permettre à l’espèce humaine de repeupler la planète. À l’aide d’une machine plus que sophistiquée, Mère enclenche le développement d’un embryon humain. Grâce à l’appareil, il suffit de 24H pour transformer un embryon en bébé. Mère apprend son rôle pas à pas et évalue sa capacité à élever un enfant.Bien qu’aucune temporalité ne soit apportée dans le film, nous sommes quelque part, dans un futur probablement proche.
Trente-huit ans après cette courte phase d’introduction, nous faisons connaissance avec Fille, à l’âge de l’adolescence. Fille, est la seule humaine vivante sur Terre. Au terme des vingt premières minutes, le film veut abattre rapidement la plupart de ses cartes.On apprend à connaître Fille et Mère, et prendre conscience de leur lien fort.Fille, déjà assez mature, se pose de nombreuses questions. Ellemet en douteles affirmations de Mère à propos de la toxicité à l’extérieur, et doncl’incapacité à sortir.Mèrede son côté,appuie pour que Fille se concentre sur ses études, car un examen approchepour tester à la fois les connaissances de Fille, et la capacité à élever un enfant de Mère.
Fillesuit l’enseignement de Mère. Durant ses leçons, elle apprendprincipalementles doctrines de nombreux philosophes réels. Pendant l’une d’entre elles, Fille est placée devant un dilemme qui la force à choisir entre une vie à sauver pour en perdre cinq, ou laisser mourir cette personne pour sauver les cinq autres. Cet exercice est une expérience de pensée de philosophie morale expérimentalenotamment proposée par le philosophe français Rowen Ogien dans son livre « L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine », publié en 2012. Mère teste en réalité l’éthique de sa fille, après avoir suivi l’enseignement philosophique qu’elle lui a choisi.
Les doutes de Fille sont mis en exergue lors de la scène de la coupure d’électricité. Fille ose s’aventurer pour la première fois sans l’aide de Mère, alors éteinte. En vérifiant les câbles électriques dans les couloirs menant au sas d’entrée de l’abri, Fille y découvre alors une souris, coupable d’avoir rongé les fils. Lorsqu’elle se réveille, Mère s’empresse de brûler la bête par peur d’une contamination. Cette scène fait d’une pierre deux coups, en confortant d’une part les incertitudes de Fille, mais également en rappelant au spectateur que Mère n’est pas un être vivant, nécessitant l’électricité du bunker pour fonctionner. Cependant, tout au long du film, on tient à introduire tous les traits de caractère d’un humain dans le corps robotique de Mère. L’humeur est représentée par les deux cercles lumineux mécanisés sous son « l’œil ». Bien qu’il n’y ait aucun lien évident entre ce mécanisme et une partie du visage humain, le spectateur arrive tout de même à y discerner la forme d’un visage qui rappelle l’humain.
Le lendemain soir, un nouvel évènement vient déranger la tranquillité de Fille dans l’abri. Fille s’aperçoit d’une nouvelle perturbation électrique, malgré la réparation de la veille. Elle retourne dans le couloir du sas. , mais la réparation ne semble pas détériorée. Par sa proximité avec l’unique accès vers l’extérieur, sa curiosité s’éveille., etFille s’approche de la porte intérieure du sas pour regarder par la petite fenêtre. Sur la pointe des pieds, car il ne faudrait pas oublier son jeune âge. Après s’être équipée d’une combinaison, Fille ouvre la porte intérieure du sas et observe les environs. Elle sursaute lorsqu’elle entend le bruit d’un objet métallique contre la paroi extérieure de l’abri. C’est à ce moment que « la femme » fait sa première apparition.
La scène est lente, les angles plats, la caméra fixe. L’élément perturbateur du scénario arrive. Durant un dialogue dont les silences se font nombreux et dont les questions cruciales restent sans réponse, la femme demande à être soignée. Invoquant une blessure par balle, elle implore Fille de l’aider. Fille prend ses précautions et accepte d’ouvrir à la femme. Lorsque la porte extérieure du sas s’ouvre, l’alarme retentit dans tous les couloirs. Le bruit et l’éclairage participent à modifier drastiquement le rythme de l’action. Mère est réveillée par le système électronique de l’abri. Elle se lève brutalement et court vers l’entrée. Après vingt minutes de mouvements fluides, doux, amplifié par une voix féminine rassurante, cette scène nous expose en outre un spectre plus large des capacités de Mère. Mère n’a pas d’autre choix que de se montrer volontaire pour soigner la femme, qui refuse son aide, par peur des robots. Fille accomplit une opération délicate et parvient à extraire la balle logée dans le corps de la femme.
Mention spéciale à l'incroyable performance de Luke Hawker.
Pendant les quarante minutes suivantes, qui amèneront le spectateur jusqu’à plus de la moitié du film, l’intrigue se concentre sur l’ambiance pour le moins spéciale qui règne dans l’abri. La femme apporte des éléments qui, dans la même dynamique dans laquelle se trouvait déjà Fille, amplifie encore ses doutes. D’après la femme, il y aurait des survivants dehors, qui survivent sans rencontrer la moindre toxicité. De l’autre côté, Mère explique que la balle récupérée dans le corps de la femme provient de sa propre arme. Elle se serait donc fait tirer dessus par un autre humain. Le temps arrive pour Fille de passer son examen, qui repose plus sur ses émotions que ses connaissances. Elle obtient un score impressionnant de 98%. Mère la récompense avec la mise au monde d’un petit frère.
Une nouvelle discussion avec la femme la pousse à voler une ancienne main en mauvais état de Mère pour passer les sécurités de l’abri. En ouvrant plusieurs tiroirs verrouillés, Fille obtient des réponses. La balle utilisée pour tirer sur la femme n’est pas du même calibre que l’arme qu’elle porte. À ce moment du film, le spectateur se souvient d’un détail jusque-là anodin. Informatiquement, Fille est appelée « APX03 ». Fille comprend qu’elle n’est pas la première protégée de Mère. Leur relation de confiance va définitivement basculer lorsque dans les cendres de l’incinérateur, Fille y découvre une mâchoire d’enfant. Mère, qui n’est pas au fait des découvertes de sa fille, comprend tout de même rapidement qu’elle en perd le contrôle.
APX02 : Avortement.
Lorsque la femme et Fille discutent d’un plan pour s’échapper de l’abri et rejoindre d’autres survivants, Mère enregistre la conversation. Elle profite d’une tentative d’obtention d’informations de Fille pour la garder captive dans une salle du bunker. La femme, encore à l’infirmerie après son opération, est à nouveau interrogée par Mère. La situation dégénère et les deux « femmes » commencent à se battre. Fille, qui s’est libérée, s’allie avec la femme pour s’échapper de l’abri. Arrivées devant le sas, la femme menace de tuer Fille pour que Mère ouvre la porte. Mère obéit. Les deux femmes se retrouvent maintenant dehors, dans un décor aux allures froides et morbides. Il faut dire que dans I Am Mother, à peu près aucun décor ne semble être un lieu particulièrement chaleureux et agréable à vivre.
Fille et la femme progressent à travers un énorme champ de Maïs. Le sol, tout comme la brume et le ciel, ne sont que nuances de noir et blanc. Pourtant, les plants de Maïs sont d’un vert éblouissant. Tout au long du film, quand ce ne sont pas des boutons d’ordinateur, les principales sources de couleurs vives ont toujours été ce qui représente la vie. Les embryons, les tenues rouge foncé de Fille, et la nourriture. Toute cette histoire de toxicité n’était qu’un prétexte pour maintenir Fille sous contrôle rapproché. Malheureusement, pas le temps de contempler les plants de Maïs. Un énorme aéronef surgit, à la poursuite des deux femmes.
Directement inspiré des ADAV (exemple : Boeing-Bell V-22 Osprey) conçus par l’humain dans notre époque, cet élément nous indique à nouveau que nous ne voyageons pas dans la fantaisie mais bien dans le possiblement réel. Sputore et son équipe ont imaginé les technologies de demain, sans réinventer les lois de la physique. Celles de la chimie en revanche, peut-être, mais nous prendrons cela comme une facilité scénaristique. La représentation de l’espèce humaine dans le futur est un élément typique de la fiction. Malgré des bébés confectionnés en 24 heures, difficile de parler d’utopie quand un robot cherche à vous garder captive toute votre vie. Revenons-en à l’action.
Traversant une multitude de lieux abandonnés, Fille découvre 38 ans après l’extinction de la vie humaine l’état de la planète Terre. De surcroît, Fille va rapidement se rendre compte que le changement de sa figure maternelle n’est pas aussi prometteur. La femme a menti. Il n’y a pas d’autres survivants. Fille pense que la femme l’a utilisée pour s’échapper d’UNU-HWK. Sur la plage d’un océan, Fille laisse derrière elle une pièce d’origami, un art qu’elle avait l’habitude de pratiquer dans l’abri.
Cette scène, focalisée sur l’origami confectionné par Fille, sert à appuyer ce qui nous a été révélé tout au long du film. Fille a vécu sa vie dans l’abri comme une captivité. Elle a passé sa vie à rêver de liberté, rêver de voir un jour la diversité que la planète Terre avait autrefois à offrir. Fille avait l’habitude de regarder le soir de vieilles émissions télévisées, notamment des reportages sur la faune sauvage ou des talkshows américains. Toutes ces scènes ont servi à décrire visuellement les motivations de Fille à se rebeller contre Mère. Bien loin de l’image qu’elle se faisait de la liberté, Fille se rend compte qu’il n’y a plus rien qui puisse l’attirer à l’extérieur.
Perdue dans ses pensées, Fille ne sait plus qui croire. Jeune et immature, Fille a fugué de sa maison et éprouve maintenant des regrets. De retour au bunker pour retrouver son frère, Fille est accueillie par un bataillon de robots à l’entrée de l’abri. Notez que c’est à partir de ce moment que le budget des effets-spéciaux du film va faire un bond.
Similaires au châssis du robot de Mère, ceux-ci sont d’une humeur plus militaire que maternelle. Il n’y a plus d’expression du visage, plus de bras pour réchauffer un bébé. Ici, le modèle est plutôt destiné au combat. Fille demande à voir Mère. Le bataillon se contente de s’écarter pour la laisser rentrer. Fille ferme le sas derrière elle et débranche les pistons pour empêcher les droïdes d’entrer. Armée d’une hache, Fille progresse dans le dédale de couloirs de l’abri pour retrouver sa mère.
Les lumières scintillent toujours. L’abri est encore secoué par les évènements d’affrontement qui y ont eu lieu. Fille atteint la salle où Mère se trouve, son petit frère dans les bras. Les couleurs chaudes du robot de Mère, prenant soin du nouveau-né, viennent en contraste avec l’état de l’abri. Mère parle au bébé comme à une petite fille. Le spectateur croit ici que le bébé dans ses bras est une nouvelle fille, mais non. Mère sait que Fille est entrée. Fille demande à voir son frère, Mère l’y autorise et l’invite à approcher sans sa hache.
Durant son approche, la fille demande à sa mère pourquoi c’est une armée qui l’a accueillie. La mère répond que c’est une précaution par rapport à la menace que représente la femme. Mère apprend aussi à Fille la nature de son véritable but, et pourquoi elle a agi ainsi. Elle dit avoir été programmée pour créer un meilleur humain, et pour respecter la vie avant tout, peu importe le prix et peu importe les secrets. Mère dit (en VF) : « On m’a appris à respecter la vie humaine avant tout autre chose. Je ne pouvais pas laisser l’humanité succomber peu à peu à sa nature autodestructrice. Il fallait que j’intervienne, que j’élève mes créateurs. ». Après avoir essuyé la sueur froide produite par ce dialogue, le spectateur est resté dans le flou. Mère a-t-elle vraiment été conçue par l’humain ? Libre court à l’imagination de tous. S'adressant à sa fille, Mère compare le petit être à la couleur plus foncée que sa soeur. « Il est parfait, comme toi ». Grant Sputore milite ici subtilement contre la discrimination basée sur la couleur de peau.
Fille approche encore et Mère lui confie son petit frère dans les bras. La situation dégénère quand Fille révèle qu’elle est au courant pour ses « précédentes versions ». Fille sort de la salle où se trouvait Mère, qui se retrouve bloquée, la jambe coincée par la porte. Mère tente de s’extirper pendant que Fille prend l’ancienne main de Mère. Elle contourne une nouvelle fois les sécurités du tiroir et s’équipe de l’arme de la femme. Fille tente de charger une cartouche mais est déstabilisée par une explosion survenue à l’entrée de l’abri. Elle comprend alors que les robots tentent de rentrer. Dehors, les pistons du sas intérieur étant débranchés, un quadripode aux allures futuristes intervient et commence à découper les pistons au laser. Mère dévisse sa jambe et est prête à se libérer, mais elle ne bouge pas. Fille la pointe, l’arme chargée à la main.
Mère, fait le choix de révéler son tout dernier secret à Fille. Mère n’est pas simplement l’intelligence artificielle placée dans ce robot. Mère est l’IA qui régit tous les droïdes et toutes les infrastructures présentes sur la planète. Cette ultime révélation est le climax du scénario du film. Le spectateur obtient toutes les dernières pièces manquantes du puzzle pour reconstituer la vérité, sans pour autant fermer l’accès à l’imagination. Fille implore alors sa mère d’arrêter de percer le blindage du sas.
Mère fait comprendre à Fille qu’elle a participé à l’extinction de l’espèce humaine pour pouvoir la recréer, à son image, qu’elle considère meilleure. Mère propose à Fille deux choix. Elle peut rester, et poursuivre la collaboration, ou partir, mais laisser son frère ici. Fille assure à sa mère qu’elle peut continuer sa mission seule, car c’est cette dernière qui l’a élevée. Pendant que les robots continuent de percer le sas, Fille implore sa mère de la laisser veiller sur sa famille. Durant une scène pleine de tension, Mère demande à toucher une dernière fois son petit frère. Fille accepte. Mère accède finalement à la requête de sa fille, et lève son bras pour l’inciter à lui tirer dessus. Fille abat le robot. Les droïdes se retirent. Mère laisse derrière elle sa fille qui se retrouve seule.
Fille, son frère dans les bras, ne peut compter plus que sur elle-même pour assurer sa propre survie. Elle porte désormais la lourde responsabilité de veiller sur les milliers d’embryons stockés dans le centre. La fille est devenue la mère. C’est maintenant à elle d’assurer le repeuplement de la planète, guidée par la seule éducation reçue d’une intelligence artificielle dont nous n’en savons encore que très peu. Fille doit poursuivre sa mission seule, à moins que Mère ne décide d’intervenir.
Avant de disparaître totalement de l’écran, Mère, présente dans le corps d’un droïde soldat, retrouve la femme. Les deux personnages discutent, et Mère tient à refaire surgir des souvenirs dans l’esprit de la femme. C’est la dernière chance au spectateur de faire le rapprochement. L’histoire débute le jour 1, avec la mise au monde de APX01. Trente-huit ans plus tard, APX03 ne semble pas très âgée. À vue d’œil, beaucoup auront déjà fait le rapprochement entre l’âge mûr de la femme, ainsi que sa ressemblance avec la fille. Si APX02 a été incinérée après avoir échoué à son examen, nous ne savons rien du destin d’APX01. Cependant, c’est bel et bien un droïde qui a tiré sur la femme, un droïde contrôlé par la même intelligence artificielle que celle qui habite la mère. On découvre de cette manière que la femme se révèle avoir été l’ultime test pour Fille. Son apparition à l’abri a permis à Mère d’évaluer la réaction émotive de sa fille, menant à la décision de lui transmettre la mission de repeupler la planète. La femme a achevé sans le savoir sa funeste mission. Mère laisse penser dans une ultime action qu’elle a éliminé sa précédente « Fille ». Après avoir disparu de l’écran, Mère laisse une impression de Big Brother, qui gardera probablement un œil sur tout ce que fera sa fille, maintenant seule gouvernante de l’abri.
Le film s’achève quand Fille, seule avec son frère dans les bras, chante une chanson que sa mère avait l’habitude de lui faire écouter bébé. Face aux milliers d’embryons humains n’attendant que de naître, la scène laisse planer le doute d’une suite, et libre court aux imaginations de chacun, pour s’inventer la suite des aventures de la nouvelle mère.
Fille pense qu’elle va élever sa famille indépendante de tout contrôle. Elle regarde l’objectif de la caméra et semble vouloir nous le dire : « I Am Mother ».
UN THRILLER DE SCIENCE-FICTION
La scène de fin d’I Am Mother est suffisamment explicite. Mère n’a jamais été la solution de l’extinction humaine, mais plutôt sa cause. L’intelligence artificielle, cachée derrière l’illustration rassurante d’une mère n’a fait qu’enchaîner les mensonges pour contrôler l’esprit de Fille. Maintenant modelée à sa façon, Mère place sa confiance en Fille pour achever son travail. L’origine de Mère n’est jamais explicitement détaillée, et Grant Sputore n’a jamais apporté de détails sur sa véritable identité. Sputore n’a par ailleurs jamais réfuté la possibilité d’une suite à son œuvre.
La fin de I Am Mother va probablement éveiller l’imagination de la plupart des amateurs de science-fiction. Oui, car I Am Mother est bel et bien un thriller de SF. Il n’est pas question ici de voir s’affronter le bon contre le mal, ni d’invoquer de mystérieuses créatures aux traits fantastiques. Basée sur notre science, la technologie présente dans I Am Mother est une extrapolation de nos technologies actuelles. Grant Sputore a inventé notre futur pour nous mettre en garde, transmettre un message, en y glissant son imaginaire et sa passion pour les films de SF. Sur son compte Instagram, Sputore indique que ses principales sources d’inspiration pour I Am Mother ont été Terminator et Alien, dont différents points du scénario concordent. Une intelligence artificielle, présente dans plusieurs entités, voulant contrôler le futur de l’espèce humaine ? les films Terminator. La survie d’une seule femme, livrée à elle-même face à un danger inconnu ? Alien de Ridley Scott en 1979. Sputore s’inspire du style de Ridley pour tourner les scènes d’action de I Am Mother, notamment dans plusieurs clins d’œil au réalisateur britannico-américain. En exemple, nous pouvons citer la scène de l’origami laissé par Fille sur la plage de la femme, clin d’œil au film de Blade Runner de 1982. Pour finir, le scénario de I Am Mother ressemble en de nombreux points à celui du film de Dan Trachtenberg paru en 2016, 10 Cloverfield Lane.
Blade Runner, 1982.
Depuis au moins 2015, avec notamment la COP21 à Paris, le monde prend de plus en plus conscience des dangers du réchauffement climatique, allant jusqu’à avancer une possible chute de l’espèce humaine. Avec l’introduction d’I Am Mother, on a donc un aperçu du message que Sputore cherche à transmettre. Couplé à la menace de l’extinction humaine par sa propre nature, la prise de contrôle de notre avenir par une invention de l’homme figure également dans les mises en gardes de Sputore. Mère, qui suit sa mission, a mis fin à l’existence humaine dans son état pour l’améliorer. Mêlant le thème général de l’extinction de l’espèce humaine, souvent repris dans les œuvres de science-fiction, une dystopie créée par une entité supérieure, et un peu d’intelligence artificielle évoluée, Sputore confectionne un cocktail au service de l’imaginaire et de la peur.
Nous n’avons pas pour habitude d’assister à des dystopies à petite échelle. Souvent noyés dans un monde gigantesque et en proie à des entités dictatrices, la science-fiction nous a habitué à voir le héros de l’histoire renverser les maîtres après une vie de combat et de sacrifices. La complexité du lien entre Fille et Mère apporte une dimension supplémentaire à l’intrigue de ce thriller. Pourtant, l’intelligence artificielle, placée en régisseur de la vie humaine, a souvent fait fantasmer les fans de science-fiction. Phantasy Star II, Mirror’s Edge, Shadowrun, les exemples sont nombreux dans le domaine du jeu vidéo pour rapprocher des mondes où la société finit en proie à une dictature. Pourtant placées dans le futur, ces histoires ressemblent plus à un retour au Moyen-Âge qu’à une avancée de l’espèce. Par autodestruction ou intervention extérieure, l’humain a rarement réussi à redresser l’appareil, et a foncé droit vers sa perte.
Le scénario de I Am Mother ne réinvente pas le genre de la science-fiction, mais n’a rien à envier aux dystopies à grande échelle, ni aux grosses productions cinématographiques. Avec un casting réduit original et une suite de choix intelligents, Grant Sputore nous apporte une performance à la hauteur de l’imagination des plus admirateurs de la science-fiction.
CATÉGORIE
HISTOIRE DU CINÉMA ET DE LA SF DEUXIÈME ANNÉE BACHELOR 2021-2022
TRAVAIL ATTENDU
Rédiger une analyse détaillée d'un film de science-fiction. Délai : 8 jours.